Écoute, je sais, tu es super occupé. Entre le boulot, les enfants (ou le chat, je ne juge pas), et cette série dont tout le monde parle (mais que tu n'as pas le temps de regarder non plus), l’idée de caler un film de plus dans ta semaine te donne des boutons. Surtout si ce film, c'est Eyes Wide Shut. Le dernier Kubrick. Plus de 2h30. En VOSTFR, s’il vous plaît. Ça sent l'ennui intello à plein nez, non ?
Eh bien, je suis là pour te dire : détrompe-toi. Enfin, pas complètement. C'est pas un film de super-héros avec des explosions toutes les deux minutes. Mais c'est bien plus qu'un pensum philosophique. C'est... un trip. Un cauchemar éveillé. Une plongée vertigineuse dans les tréfonds de l'intimité conjugale et les recoins les plus sombres du désir.
Le pitch, en bref (et sans spoiler)
Nicole Kidman et Tom Cruise (à l'époque, un couple ultra-médiatisé, ce qui ajoute une couche de méta-lecture fascinante) incarnent Bill et Alice Harford, un couple new-yorkais aisé. Après une soirée, Alice avoue à Bill un fantasme intense pour un autre homme. Cette révélation, a priori anodine, agit comme un détonateur. Elle remet en question toute leur relation et plonge Bill dans une errance nocturne hallucinée, au cours de laquelle il est confronté à un monde secret, rempli de symboles mystérieux et de rituels étranges.
D'abord, pour l'ambiance. Kubrick était un maître. Chaque plan est pensé, chaque couleur choisie avec une précision chirurgicale. New York la nuit devient un labyrinthe angoissant, un décor expressionniste où les illusions se confondent avec la réalité. La bande originale, avec ses notes lancinantes de piano, te colle à la peau et ne te lâche plus.
Ensuite, pour l'interprétation. Cruise est excellent, perdu, vulnérable, confronté à ses propres limites. Mais c'est Kidman qui crève l'écran. Elle est à la fois sensuelle, fragile et terriblement lucide. Leur alchimie (ou leur absence d'alchimie, c'est selon) est palpable et rend leur couple terriblement crédible. C'est ça, le cœur du film : la difficulté d'aimer, la fragilité du désir, l'insaisissabilité de l'autre.
Eyes Wide Shut - THE CINEMATOGRAPH
À qui s'adresse ce film ? (et à qui il ne s'adresse pas)
Si tu aimes les thrillers psychologiques, les films qui te laissent avec plus de questions que de réponses, si tu es sensible à l'esthétique soignée et que tu n'as pas peur de la lenteur contemplative, alors Eyes Wide Shut est fait pour toi. Si, au contraire, tu cherches un divertissement léger et prévisible, passe ton chemin.
Ce film n'est pas là pour te donner des solutions, mais pour te faire réfléchir. Il te met mal à l'aise, te perturbe, te hante. Et c'est précisément ça qui le rend si fascinant.
Et la VOSTFR ?
La version originale sous-titrée est indispensable. L’intonation des acteurs, les silences… tout prend une autre dimension. Crois-moi, tu ne veux pas passer à côté de ça.
Alors, convaincu ? Je ne te promets pas que tu vas adorer. Mais je te garantis que tu ne resteras pas indifférent. Tu auras vu quelque chose d'unique, d'étrange, de profondément humain. Et ça, ça vaut bien deux heures de ton temps.
La raison ultime de le regarder ? C'est un film qui grandit avec le temps. Chaque vision est une nouvelle découverte. Et ça, c’est le propre des chefs-d’œuvre.